No Manager: est-ce que ça fonctionne ?

Plus de managers ni de hiérarchie: depuis quelques années, le phénomène du « No Manager » attire de plus en plus d’entreprises. Assiste-t-on à une transformation profonde du mode de fonctionnement d’une entreprise ? Pas si sûr…

 

1995 - The End

Les organisations deviennent de plus en plus agiles, les salariés sont de plus en plus autonomes et deviennent capables de s’auto organiser et s’auto gérer. Le rôle du manager et de la hiérarchie est remis en cause. Le phénomène appelé le No Manager » émerge. « Débarrassez-vous des managers » ou « Abolissez la hiérarchie » sont la base de ce nouveau mouvement. Certaines entreprises ont déjà mis en place ces nouvelles organisations aux Etats-Unis mais aussi en France. Alors quel avenir ont les managers et directeur ? Enquête.

Le management par la liberté

Dans les années 60, Douglas McGregor, professeur de Management au Massachusetts Institute of Technology a développé deux théories sur la conduite de la relation avec les salariés nommées X et Y.

La théorie X part du principe que l’Homme n’aime pas travailler. Il est improductif et ne travaille que sous la contrainte, voir sous la menace. Ce mode de management dit « Le Management par la peur » a largement été utilisé ces quarante dernières années. La tendance tend à s’inverser et la théorie Y prend le pouvoir. Cette théorie va à l’inverse de celle précédemment citée. Elle repose sur le postulat selon lequel l’employé aime travailler. Il a besoin d’autonomie, et sa créativité doit être libérée et suscitée.

Du management par la peur nous passons au management par la liberté. Mais jusqu’où doit-on aller ?

L’entreprise Morning Star qui détient 40 % du marché de première transformation de la tomate aux Etats-Unis s’est débarrassé de ses managers il y a quelques années. Pour autant l’entreprise reste compétitive et enregistre de bons résultats. Le management par la liberté fait de plus en plus d’émule. Chez Morning Star, en l’absence de toute hiérarchie, les compétences en management sont partagées par tous et les décisions sont de meilleure qualité. Chacun est le seul responsable de son propre travail. La motivation des salariés est également nettement supéreur à la moyenne, tout comme les salaires. D’autres entreprises comme GORE, Harley Davidson, Southwest Airlines ou encore FAVI en France utilisent ses méthodes de management.

Ryan Carson, CEO de l’entreprise de formation aux métiers numériques Treehouse explique comment ils ont adopté ce mode de fonctionnement dans un billet publié sur son blog. L’entreprise fondée en 2010 a rapidement grandi jusqu’à atteindre 60 collaborateurs en 2013.  Les problèmes internes ont commencé à arriver. C’est à ce moment que l’idée est née:

Et si on supprimait tout management et laissons simplement le pouvoir à tous de choisir ce qu’ils veulent faire de leur journée? Nous avons rit au début mais la conversation est devenue sérieuse. Nous avons embauché des talents ultra motivés. Ont-ils vraiment besoin de managers?

Pour lui, les gens veulent être bon au travail. Ils cherchent tous à être reconnu professionnellement. Ryan Carson explique que la hiérarchie peut freiner l’innovation, stopper l’idée d’un salarié.

Un bon manager est celui qui va donner le meilleur de soi pour l’équipe mais beaucoup d’entre eux aiment le pouvoir et l’utilise pour soi. 

L’entière organisation de la jeune entreprise est alors repensée. La conduite de projet se fait de façon spontanée. Un salarié propose un projet et y précise les objectifs. Les autres salariés rejoignent le projet s’il le souhaite. Vous trouverez plus d’informations sur son blog à ce sujet.

Peut-on vraiment se passer de manager ?

Si certaines entreprises fonctionnent bien sans managers et hiérarchie, ce mode ne peut pas s’adapter à toutes les entreprises. Dans un article pour Forbes, Steve Denning remet en cause ces organisations #NoManagers:

Dans ces entreprises, quelqu’un doit signer les chèques. Quelqu’un doit signer les documents juridiques au nom de l’entreprise. Quelqu’un est légalement responsable de ce qui est fait par l’entreprise. Ce quelqu’un est un manager. Après tout, un manager est juste quelqu’un qui se charge de faire les choses. 

Pour lui, si les équipes peuvent en effet s’auto gérer, la hiérarchie est indispensable. Elle régit d’ailleurs toute notre société. Il y a et il y aura toujours un leader au sein d’un groupe de personnes. C’est celui vers qui tout le monde va se tourner en cas de problème. Le capitaine d’une équipe sportive, le chef naturel d’une tribu, le président d’une république, le manager d’une équipe.

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C’est presque comme un instinct. C’est par exemple le cas dans le monde animal. Dans chaque groupe, existe un leader. Et il régit la vie des membres du groupe. Il protège, décide pour le bien du groupe.

Une entreprise peut laisser les gens faire ce qu’ils veulent tant qu’elle génère des tonnes d’argent. Mais si jamais elle n’en fait plus, alors ils verront qu’ils ont besoin d’une hiérarchie. Qu’elle soit horizontale ou avec un process démocratique. Il y a inévitablement des personnes qui devront prendre des décisions ou l’entreprise s’effondra. 

Chez Morning Star, les entretiens se font avec une dizaine de personnes. La moitié des nouveaux arrivants restent moins de deux ans. Preuve que tout le monde ne peut pas s’adapter à ce mode de management par la liberté.

Si effectivement un besoin d’organisation plus agile se fait ressentir dans la plupart des entreprises actuelles. Le métier de manager est bel et bien remis en cause. Il se transforme et ressemble de plus plus à un coach mais il n’est pas encore prêt à disparaître.

Sources: Capital, Forbes, Ryan Carson, Alternatives Economiques, Wikipedia

 

 

 

 

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